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Horaires d'ouverture

Lundi de 16h30 à 19h
Mercredi de 16h30 à 19h
Samedi de 10h à 12h
En Juillet et Août : le samedi de 10h à 12h

Les Demeurées

couv demeureesL'auteur
Jeanne Benameur se raconte à travers son roman intitulé Ca t'apprendra à vivre publié en 1998 au Seuil, dans la collection Fiction Jeunesse
Elle décrit son enfance entre son père algérien et gardien de prison et sa mère italienne qui prend plaisir à voler des poulets chez l'épicier du coin. Elle a un frère et deux soeurs. La guerre d'Algérie les contraint à s'exiler en France à La Rochelle.
Bilingue de par ses origines, elle a d'abord été enseignante puis actuellement se consacre à l'écriture, écriture de romans pour enfants, adolescents et adultes et anime des ateliers d'écriture.

Présentation du livre
La mère, La Varienne, c'est l'idiote du village. La petite, c'est Luce. Quelque chose en elle s'est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d'amour. Invincible. L'école menace cette fusion. Mademoiselle Solange, l'institutrice veut arracher l'enfant à l'ignorance, car le savoir est obligatoire.
Le roman se construit en deux temps : l'enfermement puis l'ouverture.
Mis à part les trois personnages dominants, la mère, - La Varienne - , « l'abrutie » Luce, la petite dont le prénom signifie Lumière et Mlle Solange, l'institutrice, les personnages secondaires comme Hélène, la petite fille, Madame, le boulanger et le laitier, incarnent le destin.
Hélène partage avec La Varenne et Madame le rôle de passeur : de mouchoir pour la première, de fils et de tissus pour la seconde, d'abécédaire pour la troisième.

Les lieux reflètent l'évolution de l'histoire. Si la maison réduite d'ailleurs à une seule pièce, la cuisine, incarne l'enfermement, la porte, un jour, s'ouvre sur le chemin qui relie maison et école.

Plusieurs thèmes habitent le livre :

Celui de l'amour
- de la mère pour sa fille. Un amour qui ne s'encombre pas de mots puisque ceux-ci font défaut à la mère mais qui s'exprime de deux manières :
à travers une présence animale,- elle suit sa fille comme un chien sur le chemin de l'école, elle l'attend sous la pluie
et un geste : la rencontre des deux fronts , le front que la mère presse contre celui de sa fille comme pour faire pénétrer le monde de la petite dans le sien.
- de la fille pour sa mère en renonçant à apprendre pour ne pas s'éloigner d'elle et lui éviter la souffrance de l'exclusion que la règle, le crayon et le fin cahier d'écriture ont provoquée.
- de Mlle Solange pour son métier

Celui des mots
qui sont peut-être le sens profond du roman.
Le livre commence sur eux « ils sont », éclate avec eux ,- le nom de famille écrit au tableau qui entraîne la fièvre et le sommeil de Luce - et s'achève sur eux « les mots sont là », enfin localisés, faisant référence , pris dans un contexte, tissés, brodés par le sens. Ils sont là pour « nommer, mettre de l'ordre dans les choses » dit Mlle Solange.

Celui de l'intelligence
sous plusieurs formes :
l'intelligence basique, instinct de la mère qui sent que sa petite peut lui échapper.
L'intelligence-force que La Varenne, cette « grande femme » possède pour entretenir et soigner.
L'intelligence du coeur que possède la petite.
L'intelligence de l'esprit que Mlle Solange incarne.

Celui du basculement
de l'absence à la présence pour Luce et inversement de la présence à l'absence pour Mlle Solange qui passe des certitudes pédagogiques au doute, à l'incompréhension et à l'échec. Mlle Solange qui prend la place de la petite recroquevillée dans l'angle du mur et de l'escalier, elle qui « demeure » devant le tableau noir privé de sens.
du vide au plein de l'esprit qui tisse et brode,
du verbe « demeurer » au verbe « porter »,
du présent au futur. Le temps lui-aussi s'ouvre. On sort de l'immobile présent on va
vers le futur et le mouvement du jour qui s'écoule.

« les paroles de Luce s'élèvent, elles ne demeureront plus, elles porteront son souffle chaque soir, chaque matin »

L'écriture
Elle commence avec des phrases brèves, parfois sans verbes réduites à l'essentiel qui est la pauvreté, la rugosité et la maladresse. Les phrases n'occupent pas toute la ligne. Elles s'essoufflent puis s'étoffent peu à peu et s'envolent à la fin.
Jeanne Benameur ne bavarde pas. Elle dit l'essentiel. Et de cette essence, s'élève la grâce de ce magnifique roman.

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